Quella pagina bianca, muta

Venerdì 11 giugno 2010 ho presentato a Parigi il romanzo Ça change quoi. L’incontro, una conversazione insieme alla scrittrice Dominique Manotti e la critica letteraria di Telerama, Martine Laval, si è svolto nel pomeriggio, alle 17, inserito nel programma del Festival letterario Paris en toutes lettres. Il giorno prima, il Senato della Repubblica del nostro paese ha votato la fiducia a une delle leggi più schifose che un governo dalle ormai sempre più poche parvenze democratiche potesse varare. In apertura dell’incontro, ho letto questo testo, scritto di getto, la mattina. Lo lascio in francese, intanto perché comunque credo si capisca, e poi perché ormai è davvero meglio rivolgersi agli altri paesi europei. Solo loro, ormai, possono salvarci dal collasso democratico.

MESSAGE POUR PARIS EN TOUTES LETTRES
Ce matin, quand j’ai vu la Une du quotidien La Repubblica, j’ai pleuré. Jamais dans ma vie, je n’avais imaginé de me trouver un jour face à ça. Jamais dans ma vie… et nous y sommes pourtant : la restriction des libertés en Italie est désormais pareille à celle d’un Etat totalitaire. La loi qui règlemente les écoutes téléphoniques est passée au Sénat. Ce qui reste de l’opposition – comme vous le savez sans doute, la véritable gauche n’est plus représentée au Parlement depuis 2008 – a quitté l’Hémicycle au moment du vote. La loi adoptée hier soir limite drastiquement le recours par la justice aux écoutes téléphoniques et interdit à la presse d’évoquer les enquêtes en cours. Le régime tourne une page avec violence et installe définitivement le contrôle autoritaire de nos libertés fondamentales. Je demande, et pas seulement en mon nom, aux amis écrivains français, aux éditeurs, aux lecteurs et à tous les Français qui ont à coeur de défendre la liberté de pensée et d’expression, de nous aider. La société civile italienne est aujourd’hui intoxiquée par le message que, depuis trente ans ou presque, les télévisions berlusconiennes (y compris celles du service public) instillent dans nos cerveaux. Et nous aussi, les intellectuels, nous avons toujours moins de force, comme désarmés. Nous sommes pointés du doigt comme des ennemis de l’Italie, et nous sommes toujours plus impuissants et résignés. Nous vous appelons à l’aide et, dans le même mouvement, nous vous invitons à la vigilance. L’Italie, c’est la porte à côté. Comme le soutient mon ami Antonio Tabucchi, ce qui se passe chez nous – le racisme, la mafia au pouvoir, la destruction lente et inexorable de droits, hier, sacro-saints –, pourrait très bien servir d’exemple ailleurs.
Merci.

(trad. Thomas Lemahieu)

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